Dossier

Impact de l’Homme sur les mers

Par Philippine Hattemberg

En complément, de la dernière édition de QOA Magazine « Océan, l’autre Terre » actuellement en kiosque, nous vous présentons le dossier du mois : Impact de l’Homme sur les mers. Le challenge de la préservation des océans est un enjeu capital pour le futur de l’humanité. Surpêche, pollution et braconnage ont des conséquences désastreuses sur l’écosystème marin. QOA Magazine met en lumière ces héros qui luttent pour la sauvegarde des mers du globe : l’océanologue Denis Ody et la célèbre Agnès B et son projet Tara expéditions.

Article WWF

QOA Magazine, le premier magazine du voyage utile vous présente un des héros des océans : Denis Ody, un grand passionné de la mer. Il représente aujourd’hui un des acteurs exceptionnels de la préservation des océans et du recensement des espèces marines.

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Dans le cadre de son dossier Océan, Qoa magazine est allé à la rencontre de Denis Ody, docteur en océanologie, responsable du Pôle Océans et côtes depuis 2006 au sein de WWF France, co-fondateur et président de l’association de GIS3M[1].

De ses années de vacances sur les plages corses, Denis a gardé la passion de la mer et la volonté de mieux comprendre les espèces qui la peuplent. Chaque année, il part six mois, sur les traces des plus gros mammifères du monde.

Sur quatre-vingt cinq espèces de cétacés présents dans les océans de la planète, 20 sont recensés en mer Méditerranée. Ce nombre est important, quand on sait que les accès de communication avec les océans sont assez réduits : Canal de Suez et Détroit de Gibraltar. Grand dauphin, rorqual commun ou encore cachalot, sont souvent aperçus à proximité des côtes. La mission de Denis est d’analyser leurs comportements, mais aussi le milieu dans lequel ils évoluent.

 

L’impact des hommes

Il existe deux grandes familles de cétacés : celle des mammifères marins à dents (l’orque, le dauphin et le narval…) et celle de ceux à fanons (baleine blanche, baleine à bosse, rorqual bleu…).

Les membres de cette dernière, ont été les victimes de la pêche intensive pendant un siècle. Le résultat : une réduction considérable de la population. La plupart de ces espèces sont d’ailleurs classées sur la liste rouge de l’IUCN.

Même si la pêche est désormais interdite, les animaux marins souffrent toujours de l’activité humaine : « Dans le gras des baleines, qui se nourrissent de petites crevettes bio vivant au large, nous retrouvons communément des traces de PCB ou des DDT, des composés interdits depuis 50 ans. Cela en dit long sur tout ce que nous rejetons actuellement en mer et qui sera encore présent dans des dizaines d’années. S’ils sont contaminés, nous le sommes aussi » alarme t-il.

Un autre problème, dont les scientifiques mesurent encore mal les répercutions, est celle des nuisances sonores. La multiplication des bruits des moteurs des bateaux, pourrait avoir un effet pathogène sur ces animaux qui vivent dans un univers acoustique, « ils se repèrent, communiquent et chassent avec les sons. La trop forte présence de bruits étrangers pour eux est comparable à un perpétuel aveuglement pour nous, qui sommes des êtres visuels. » avance t-il à titre d’exemple. Un mammifère marin vit entre 80 et 100 ans, le trafic maritime double en moyenne tous les vingt ans. Cela représente une multiplication par 8 du volume sonore au cour de la vie d’un dauphin ou d’une baleine.

Le dernier grand problème est celui des ressources. En Méditerranée, la nourriture des baleines qui sont les calamars des eaux profondes et le krill ne sont pas encore pêchés, mais ils commencent à l’être dans d’autre région de la planète.

 

Des solutions pour la préservation

Il est très difficile de faire des recensements scientifiques des espèces marines. C’est un procédé compliqué et couteux, du fait de la méthode et de l’objet de l’étude. Ces animaux très discrets,  passent très peu de temps à la surface. « Nous avons peu d’information, nous avons pourtant une certitude : l’accroissement  de la population du grand dauphin. Considéré comme une espèce nuisible dans les années 1950 – les chasseurs étaient primés à chaque prise – ils avaient disparu du Golfe du Lion. Depuis quelques années un retour en masse de spécimens est constaté. »

Pour faire avancer leurs actions, WWF est en quête constante de fonds.

Concrètement, l’association tente de développer des systèmes de mise en commun d’observation pour éviter les collisions, souvent mortelles pour les animaux. Elle soutient le système logiciel, appelé « Repcet », qui permet de partager l’information de localisation d’une baleine ou d’un ban de dauphins, entre les bateaux abonnés. Grâce à lui, les navires savent quand ils rentrent dans une zone à risque et adoptent un comportement plus vigilant. Cet outil sera bientôt obligatoire pour les embarcations de l’Etat français.

Les touristes ont aussi un rôle important à jouer. Même si cela peut s’avérer attrayant, il ne faut pas succomber à la tentation du « Wale watching », autrement dit, les excursions à la recherche d’animaux marins. « La meilleure condition pour ces animaux c’est d’être tranquilles, loin des humains ». Pour partir en mer, choisissez des organisations ayant un label certifiant le respect du « code de bonne pour l’observation des cétacés » (http://www.gecem.org/sites/gecem.org/files/cdbc2009.pdf).

Des associations comme Cybelle Planète, font de manière respectueuse, la promotion de l’éco-tourisme participatif, avec l’étude et le suivi de famille de Cétacés en Méditerranée (http://www.cybelle-planete.org).

La nature nous offre des merveilles, à nous d’en prendre soin.

 

[1] Il y a 10 ans, alors qu’il commence à travailler dans le sanctuaire Pélagos, il se rend compte de la présence d’une multitude d’acteurs travaillant pour  le recensement et la préservation des cétacés. Afin de coordonner ces actions et permettre un regroupement de compétences, il décide de créer l’association GIS3M (Groupement d’Intérêt Scientifique pour les mammifères marins en Méditerranée) . Le sanctuaire Pelagos a pour vocation de protéger les mammifères marins des pollutions, du bruit de la capture et de l’activité humaine.

QOA Magazine, le premier magazine du voyage utile, vous dévoile sa deuxième héroïne, la célèbre Agnès B et son projet Tara expéditions. L’ambition de ce projet est de faire une étude de l’écosystème des océans via des expéditions en bateau.

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Agnès_bLe projet Tara Expéditions est une affaire de famille et le partage d’une passion, celle de l’Océan. En 2003, la célèbre créatrice Agnès B et son fils Etienne Bourgois décident d’investir dans une goélette, afin de relancer des missions d’exploration et intéresser les gens aux enjeux environnementaux. Tout de suite, Romain Troublé, neveu d’Agnès et marin professionnel rejoint l’aventure, en temps que chargé de la direction opérationnelle. Les équipes de Qoa-magazine sont allées à sa rencontre, à la base Tara, dans le 4ème arrondissement parisien.

A l’extérieur une petite porte obscure en face du port d’Arsenal. A l’intérieur, une grande salle blanche, au design épuré, sous une verrière. Derrière leurs écrans, une équipe d’une dizaine de personne travaillant pour le projet Tara. Dans une salle de réunion vitrée, Romain Troublé finit une réunion avant de nous recevoir.

Le Secrétaire Général du groupe connaît bien l’océan. Il a participé deux fois à la Coupe de l’América. Présent depuis le début de l’aventure, il œuvre pour le développement des missions. « Au début, c’était des petites expéditions. Depuis 2006, c’est devenu plus scientifique, avec des expéditions qui durent entre 6 mois et 4 ans. Nous avons déjà parcouru 320 000 km en 12 ans».

Des missions en mer

Trente-six mètres de longueur, 120 tonnes, 2 mats de 27 mètres, 400 mètres carré de voilure, 16 couchages, la goélette Tara en impose. Avec sa coque métallisée et sa proue orange, elle fend les mers du globe. A son bord, un équipage de professionnel composé de marins, de journalistes chargés de faire le relais de l’aventure et d’aller à la rencontre des populations locales et de scientifiques venant de laboratoires différents mais travaillant ensemble. La mer étant une source inépuisable d’inspiration, parfois quelques artistes viennent en résidence sur le bateau.

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Des équipes de roulement sont prévues « les journalistes et les scientifiques restent 2 mois au maximum et les marins pas plus de quatre. La vie à bord n’est pas de tout repos, il y a beaucoup de travail et une forte proximité ». C’est la raison pour laquelle aucun bénévole n’est accepté.

Trois pôles thématiques encadrent les missions : Océan et Homme, Océan et Biodiversité, Océan et Climat.

A chaque fois des découvertes sont faites. Par exemple, en 2006- 2008, le bateau a dérivé deux fois plus vite que les modèles mathématiques l’avaient prévu et 4 fois plus vite que les prédécesseurs en 1893. Cela prouve que le système atmosphérique change, les vents sont plus forts et la glace est plus fine.

Une autre mission de quatre ans a été consacrée à la recherche sur le plancton. Résultats : 40 millions de nouvelles gênes et des dizaines de milliers de nouvelles espèces. « Notre savoir sur les individus peuplant l’océan est assez limitée. Les poissons représentent 8%, le reste est de l’ordre du microscopique. Nous ne connaissons pas la moitié de ces tous petits être-vivants ».

Un impact sur terre

Le but du travail en mer est de faire avancer la connaissance scientifique, mais aussi de jouer un rôle éducatif. Des actions de sensibilisation sont réalisées par des bénévoles dans les classes de la France entière. « Les jeunes accrochent, dès qu’on leur parle de Tara, ça les inspire et ça les sort de leur vie quotidienne ». Tara est en recherche permanente de volontaires ayant envie d’intéresser la jeunesse aux dilemmes de l’Océan.

Le site internet est très riche : des vidéos y sont régulièrement postées et le carnet de bord de l’expédition est quotidiennement alimenté. Leur cause est suivie et soutenue par de nombreuses personnes. Le projet est exclusivement financé par des fonds privés.

En temps que membre actif sur le terrain, l’équipage de Tara a une mission auprès des institutions : « des hommes politiques montent régulièrement sur le bateau lors de nos escales, cela leur permet de comprendre les enjeux auxquels nous faisons face et comprendre les solutions qui doivent être mises en place. En 2012, l’ancien secrétaire des Nations unies Ban ki Moon est venu à bord. ». Grâce au lobbying réalisé, un cycle de négociations de deux ans, sur les enjeux de la gouvernance en Haute mer[1] a été ouvert en mars, à l’ONU. Lors de la COP21, ils ont regroupé plus de 80 acteurs sur la plateforme Océan et Climat, afin que l’Océan soit impliqué dans les négociations sur le climat.

Pour Romain, l’accord du Sommet Mondial du Climat 2015 est historique « c’est la première fois que 189 pays acceptent un engagement sur une durée de 100 ans ». Il est convaincu que si les engagements sont respectés, il est possible de maintenir la hausse des températures en dessous de 2°C.

Du point de vue de cet acteur du changement, l’élimination total du plastique dans les mers serait possible en 50 ans, à partir du moment où l’on arrêterait de jeter des déchets dans la mer. Si des mesures strictes sont mises en place, la fin des déversements polluants est réalisable dans moins de trente ans, « c’est un problème réversible. Il n’y a pas beaucoup de chose réversible. Il faut faire des choses, emmener les gens vers l’action, ce ne sera pas facile, mais nous n’avons pas vraiment le choix ».

Après une trentaine de minutes de conversation, Romain est rappelé à l’ordre par sa chargée de communication, il doit vite partir, il est attendu ailleurs. L’équipe est en ébullition, la prochaine mission, consacrée au corail, partira le 28 mai pour le Pacifique. En attendant de pouvoir partir un mois à bord cet été, il enfourche son scooter et navigue sur le bitume parisien.

 

[1] A l’heure actuelle, en Haute mer, c’est à dire à plus de 370 km des côtes, il n’y a pas de règles, seule la loi du pavillon est prise en compte.

 

La surpêche

QOA Magazine, le premier magazine du voyage utile, dénonce « la surpêche industrielle ». Cette pratique abusive comporte de nombreuses conséquences sur l’écosystème marin.

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Chaque année 82 millions de tonnes de poissons sont pêchés. C’est quatre fois plus qu’il y a 50 ans. Cette surpêche a des conséquences dévastatrices sur l’écosystème marin.

Selon Greenpeace, 80% des poissons sont surexploités ou au bord de la surexploitation. Des espèces comme le thon rouge, le cabillaud, le turbot ou encore la limande sont gravement en dangers. D’autres comme la morue de Terre Neuve ont complètement disparu.

Les facteurs sont connus de tous : augmentation de la population, économie d’échelle faite par la pêche industrielle, augmentation du pouvoir d’achat des pays émergents et croissance de l’attrait nutritionnel des poissons.

Toujours selon l’ONG, si des mesures restrictives ne sont pas prises, d’ici à 2048, nos mers seront complètement dépeuplées.

La pêche industrielle responsable de la désertification des océans

« A l’échelle des océans de la planète, on dénombre deux fois plus de bateaux que nécessaire pour assurer un développement durable et harmonieux de ce secteur économique » certifient les associations de protection des océans. Plus la surpêche s’intensifie plus les océans se vident.boats-1039093_1280qoa

Face aux « bateaux-usines » équipés  de sonars, de plateforme satellitaire et aidés par des avions pour suivre les bancs, les poissons n’ont aucune chance de s’en sortir. Ils ont la capacité de stockage équivalent à plusieurs Boeings réunis. En plus de cela leurs filets dérivants de plusieurs kilomètres et les lignes contenant des milliers d’hameçons font de nombreuses victimes collatérales. Dauphins, tortues, requins, meurent régulièrement étouffés, pris au piège dans les filets.

La pêche en eau profonde s’est largement intensifiée ces dernières années et a des conséquences dramatiques sur des espèces comme le bandroie, le sébaste, ou encore l’empereur. A cause de l’appauvrissement des mers les pêcheurs remontent de plus en plus des poissons trop jeunes, ce qui entraine la non régénération des poissons et par conséquence leur disparition totale. Aujourd’hui presque une espèce sur trois est menacée selon WWF.

Cette industrie est largement sponsorisée par des cotisations gouvernementales.

Cette pêche de masse est dramatique pour les animaux mais aussi pour l’économie locale. « En Méditerranée, la pêche artisanale qui représente 84% de la flotte n’a le droit qu’à 10% des quotas » explique Hélène Bourges, chargée de la campagne océan chez Greenpeace.

L’investissement étatique dans la pêche industrielle n’est même pas motivé car le secteur ne génère pas beaucoup d’emplois. Pour éviter la catastrophe des solutions doivent être mises en place rapidement.

Des efforts doivent être faits

 Si les quotas de pêche pour l’année 2016 ont satisfait les lobbies et les gouvernements, il n’en est pas de même pour les ONG. L’association Océane s’insurge contre « l’absence d’ambition des ministres à respecter leurs engagements scellés lors de la réforme de la Politique Commune de la Pêche, notamment pour éliminer la surpêche. ». Pour Greenpeace, les « ministres européens ont vendu leur âme à l’industrie ».

En plus des quotas d’autres mesures doivent être envisagées, comme l’augmentation des aires marines protégées (voir article) qui ne représentent que 1% des océans, un suivi plus précis des quantités d’individus par espèce par secteur afin de prévoir la fermeture de certaines zones quand la population devient trop en danger. La création de machines plus sélectives aurait un effet positif et permettrait d’éviter la remise à l’eau de milliers de poissons tués pour rien. Enfin la labellisation est un moyen efficace de valoriser une pêche respectueuse et responsable. Un écolabel FAO existe déjà mais, malheureusement il ne représente que 7% des prélèvements mondiaux.

En tant que consommateur il faut faire en sorte de mieux consommer afin de supporter les producteurs locaux et pêcheurs labellisés. C’est le moment d’agir pour sauver nos océans et pour que les futures générations envisagent les poissons comme des espèces frétillantes, aux milles et une couleur et pas seulement comme un carré blanc à déguster avec des pommes de terre.