Graffiti for charity

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Par Philippine Hattemberg

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graffiti for charity

Le teint bronzé, le regard rieur, encore pleins d’étoiles dans les yeux, Rémi est rentré hier sur Paris mais n’a pas encore vraiment atterri. Son cœur est encore au Sri Lanka, où il vient de passer trois semaines, dans le cadre d’un projet caritatif, mené avec son association Graffiti for Charity.

Ce jeune homme de 28 ans, fait du graffiti depuis de nombreuses années. Au début, attiré par l’effet de mode et l’envie de « déconstruire les règles de l’écriture », il recouvre quelques murs de manière occasionnelle. C’est à l’âge de 23 ans, qu’il passe à la vitesse supérieure et commence à se consacrer pleinement à cet art des rues, en parallèle de ses études de sommelier. Son nom de graffeur est Shey, sa signature, un toucan.

Au fur et à mesure de sa pratique, il ressent l’envie d’apporter une dimension supplémentaire à son travail : « je voulais changer l’image individualiste, violente et contre culture du graff. J’ai eu l’idée de lier ma passion avec un projet caritatif ».

La naissance Graffiti for Charity

C’est en réfléchissant à un projet de toile dépeignant le contraste entre la culture indienne originelle et son américanisation, que lui vient l’idée de vendre ses dessins à des fins caritatives. Il opte pour une structure associative et crée « Graffiti for Charity ». L’association est construite autour de trois axes : création de fresques dans la ville sur des murs dédiés, vente de projets au profit de l’association et actions auprès de jeunes, dans des écoles ou des centres spécialisés, dans le but de véhiculer des messages philosophiques et éducatifs grâce au graff.

Après quelques interventions dans sa région du sud, il ne se sent pas pleinement satisfait « En France, c’est très compliqué d’intervenir dans le secteur public, il faut de nombreuses autorisations et les enfants adhéraient mais n’étaient pas subjugués car ils connaissaient le graffiti. J’avais envie de toucher un public de personnes non initiées qui n’avaient pas les moyens de s’acheter le matériel nécessaire. Leur apporter une nouveauté dans leur quotidien. » explique Rémi.

Il décide de planifier un projet au Sri Lanka : « pays fascinant, en pleine reconstruction après les guerres et le Tsunami, on y parle anglais, la vie ne coûte pas chère. Mon choix a vite été fait » résume t-il.

Graffer avec les enfants au Sri Lanka

Avant de partir, il rentre en contact avec les membres d’un collectif d’art à Colombo, COCA, qui agit pour les enfants en difficulté du pays, à travers le projet « API » (qui signifie « nous » en sri lankais). En plus de lui proposer l’hébergement, les artistes sri lankais le mettent en relation avec l’orphelinat Vagira.

Il charge ses valises de crayons de couleurs et de bombes de peintures et décolle.

Arrivé sur place, il se retrouve en face de 15 enfants âgés de 9 à 18 ans. Son projet : leur parler du graffiti et du principe de liberté. Pour commencer, il questionne les enfants sur le sens du mot liberté « en France, les réponses étaient souvent les mêmes : faire ce qu’on veut, devenir ce que l’on veut être, ne pas avoir de comptes à rendre. Des réponses logiques étant donné le contexte social et économique du pays, mais parfois un peu trop individualiste et matérialiste à mon sens. Au Sri Lanka, ce fut complètement autre chose. Pour ces petits orphelins la liberté était synonyme de paix, d’absence de bombes et de conflits. Leurs réponses m’ont surpris, je venais pour leur apprendre ce que j’aimais, et ils m’ont rappelé l’importance d’adapter son action en fonction des personnes avec qui on agit. Ce contraste a vraiment été un élément marquant dans la définition de ma mission ».

Il entreprend alors la création d’un énorme tag dans la cour de l’orphelinat. « J’ai graffé le mot Liberty et les enfants ont du écrire à l’intérieur de mes lettres. Un moyen de leur expliquer qu’il faut un cadre à la liberté  pour créer l’harmonie et réaliser un projet commun. Ils se sont tous appliqués et nous avons réalisé une jolie fresque ».

En guise de récompense, il donne à tous les tagueurs en herbe des crayons de couleur pour qu’ils puissent s’entrainer à dessiner. Il leur a fait aussi don de son matériel. A la demande de la directrice, enchantée par la réalisation, il laisse son empreinte et peint son toucan au bec multicolore sur un pan de mur. Elle donne aussi l’autorisation aux enfants de taguer le reste de la cour de l’orphelinat. Un moyen de redonner de la couleur à un endroit où le moral est parfois gris.

Après avoir vécu cette expérience riche en émotions, notre graffeur au grand cœur, se rend dans un centre pour enfants handicapés, ECSAT, plus au sud, dans la ville de Galle. Au programme, pas d’atelier pratique mais de la distribution de matériel et un accord pour un projet futur « dans ce centre tenu par le courageux Roshan, les enfants réalisent des projets artistiques, qui sont ensuite mis en vente sur Ebay. Il n’y a aucun système de subventions publiques au Sri Lanka, il faut donc trouver des rentrées d’argent. L’année prochaine j’envisage de réaliser une œuvre avec eux ».

A la recherche de financements

Rémi a quitté le Sri Lanka avec la ferme intention d’y retourner, poussé par le sentiment d’avoir été vraiment utile : « J’ai apporté de la couleur et de la joie. A travers le dessin, ces jeunes peuvent mieux se représenter dans la société. C’est aussi un moyen d’expression dans un pays où la liberté est contrôlée .»

Il est en recherche de financement, car pour le moment, il porte seul son projet et finance tout avec ses deniers. Il compte entreprendre une levée de fonds et tente de se rapprocher d’entreprises de fournitures de dessin pouvant le sponsoriser.

Sa démarche vise à démontrer que l’art n’est pas qu’un plaisir narcissique, mais peut être une démarche collective basée sur le partage. Il est sorti riche de son expérience « j’ai réussi à me prouver et à prouver aux autres que c’était possible. J’ai rempli mes objectifs, et ce n’est que le début des actions de Graffiti for Charity ».

Pour suivre ses expériences, rendez-vous sur sa page Facebook :

https://www.facebook.com/Graffiti-for-charity-455551821286169/

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